Emil DOBLER, Falsche Väterzitate bei Thomas von Aquin. Gregorius, Bischof von Nyssa oder Nemesius, Bischof von Emesa?, Untersuchungen über die Authentizität der Zitate Gregors von Nyssa in den gesamten Werken des Thomas von Aquin, (Dokimion, 27), Fribourg (Suisse), Editions universitaires, 2001, XXII-152 p.
Cet ouvrage constitue un complément au livre publié par le même auteur sur la présence de Némésius d'Emèse dans la théologie morale de S. Thomas (voir notre recension dans Revue Thomiste 101 [2001], p. 472-473). C'est sous le nom de Grégoire de Nysse que S. Thomas, comme ses contemporains, cite Némésius d'Emèse. E. Dobler a donc examiné toutes les références de S. Thomas à S. Grégoire de Nysse, pour déterminer lesquelles concernent le traité De natura hominis de Némésius d'Emèse et lesquelles se rapportent à S. Grégoire de Nysse. Cette étude comprend tout d'abord un bref exposé historique de la vie et de œuvres de Grégoire de Nysse et de Némésius d'Emèse, ainsi qu'une rapide comparaison du traité De hominis opificio de Grégoire et du traité De natura hominis de Némésius (p. 1-29). L'étude examine ensuite toutes les références explicites de S. Thomas à Grégoire de Nysse, en suivant l'ordre et le texte des œuvres de S. Thomas donnés par l'Index Thomisticus : on y trouve une brève présentation de chaque œuvre et du contexte, puis la citation examinée (p. 32- 120). S'il s'agit de Némésius, E. Dobler met en parallèle le texte de S. Thomas et celui de la traduction de Némésius par Burgundio de Pise, en signalant brièvement l'usage que S. Thomas fait de Némésius, et en indiquant parfois les sources de Némésius. S'il s'agit de S. Grégoire de Nysse, l'A. indique parfois la référence exacte aux œuvres de Grégoire, mais il se limite le plus souvent à noter qu'il ne s'agit pas de Némésius. Un dernier chapitre de synthèse présente les résultats sous la forme d'une synopse comprenant le lieu de la citation, l'indication de la référence chez Némésius ou chez Grégoire, la spécification du type de citation (citation littérale, ou citation non littérale reproduisant fidèlement la doctrine du texte-source, ou référence sommaire), ainsi que le contexte doctrinal (p. 121-135).
Il ressort de cette étude très matérielle que, parmi les 180 références explicites à Grégoire de Nysse que l'on trouve chez S. Thomas, 78 se rapportent indiscutablement à Némésius d'Emèse qui, le plus souvent (63 fois), est cité littéralement. Les références à Némésius concernent en particulier l'anthropologie (l'union du corps et de l'âme suivant Platon, l'âme comme entéléchie d'après Aristote, la création de l'âme et sa structure, la liberté, l'analyse des actes humains, les passions) ainsi que la doctrine de la providence (libre arbitre, destin et gouvernement divin). Suivant E. Dobler, les 102 autres références sont effectivement tirées des oeuvres de S. Grégoire (p. 133) : mais ce résultat nous paraît douteux, car l'A. n'a pas cherché à identifier toutes les références à Grégoire de Nysse, dont plusieurs nous paraissent incertaines. Parmi les citations qu'E. Dobler attribue effectivement à Grégoire de Nysse, 79 apparaissent dans la Catena in Lucam, mais elles n'ont pas été étudiées. L'annexe qui indique ces citations dans la Catena in Lucam (p. 136-150) comporte en outre une grave méprise : l'A., manifestement peu familier de la Glose continue sur les évangiles, a presque chaque fois reproduit le texte qui précède la mention de "Gregorius Nyssenus" ; or c'est bien sûr le texte qui suit la mention de "Gregorius Nyssenus", et non pas celui qui précède cette mention (et qui est tiré d'un autre auteur patristique), qu'il aurait fallu indiquer. Cette étude sur "les fausses citations des Pères chez S. Thomas" (titre de l'ouvrage) comporte ainsi à son tour un très grand nombre de citations erronées! La même remarque s'applique à la citation tirée de la Catena sur S. Marc (p. 119). On s'étonne un peu d'une méprise aussi grossière dans une collection universitaire d'études médiévales. En outre, l'une des deux citations de "Gregorius Nyssenus" dans la Catena sur Luc 2,23 a été omise. On pourrait signaler d'autres problèmes sur le plan historique, par exemple la surprenante suggestion d'une identification de Théophylacte avec Théophile d'Alexandrie (p. 119 et 136). On doit regretter enfin que cet ouvrage n'examine pas l'usage de Némésius chez les auteurs contemporains de S. Thomas : il ne fournit pas de point de comparaison pour mesurer l'originalité des citations de Némésius chez S. Thomas. En conclusion, cet ouvrage constitue un utile instrument pour localiser et identifier les citations de Némésius d'Emèse chez S. Thomas ; quant à son apport pour l'étude de Grégoire de Nysse, il reste très limité.
Gilles Emery OP
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