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Emil DOBLER, Indirekte Nemesiuszitate bei Thomas von Aquin. Johannes von Damaskus als Vermittler von Nemesiustexten, (Dokimion, 28), Fribourg (Suisse), Éditions Universitaires, 2002, XXII + 222 p.

Cette étude constitue le dernier volet de la trilogie de Emil Dobler sur la présence de Némésius d'Emèse chez saint Thomas. Rappelons qu'un premier volume avait présenté l'influence du De natura hominis de Némésius (que saint Thomas cite sous le nom de Grégoire de Nysse) dans le traité des actes humains et des passions de la Prima Secundae, en tenant également compte des éléments du De natura hominis véhiculés par saint Jean Damascène ; cet examen avait été complété par un deuxième volume examinant toutes les références explicites de saint Thomas à saint Grégoire de Nysse, afin de déterminer lesquelles concernent le traité De natura hominis de Némésius et lesquelles se rapportent à saint Grégoire lui-même (voir nos recensions critiques dans
Revue Thomiste 101 [2001], p. 472-473 et Revue Thomiste 102 [2002], p. 164-165). Ce troisième volume achève l'enquête par un examen détaillé des références de saint Thomas au De fide orthodoxa de Jean Damascène dans lesquelles le Damascène cite ou résume des éléments tirés du De natura hominis. Il s'agit donc, comme le sous-titre le suggère, de déterminer les passages dans lesquels saint Thomas, se référant à saint Jean Damascène, reprend en réalité des éléments de Némésius transmis par le De fide orthodoxa. L'étude est délibérément matérielle (cf. p. 213 et 215). On ne trouvera pas ici une réflexion sur la manière dont saint Thomas exploite l'héritage némésien, ni sur les enjeux philosophiques ou théologiques d'un tel héritage : il s'agit plutôt d'un dossier de documentation, matériel et quantitatif, indiquant les textes et leurs références.

E. Dobler fournit d'abord un bref rappel sur la personne et les œuvres de Némésius, puis sur Jean Damascène (p. 1-24). On y trouve notamment deux tableaux synoptiques indiquant la correspondance de la numérotation des chapitres des œuvres traitées (p. 6-7 et 22-23). Ces tableaux aideront les lecteurs à retrouver les passages concernés du De fide orthodoxa dans la traduction latine de Burgundio de Pise (qui ne connaissait pas la division de l'œuvre en quatre livres) éditée par E.M. Buytaert. La suite de l'ouvrage se présente sous la forme de deux concordances. Elles concernent principalement le deuxième livre du De fide orthodoxa (c'est-à-dire le texte des chapitres 15-44 de la traduction de Burgundio dans l'édition de E.M. Buytaert), puisque c'est ici que Jean Damascène exploite des ressources issues de Némésius.

La première concordance (p. 25-76) indique les lieux thématiques dans lesquels Jean Damascène reprend des éléments de Némésius, soit littéralement, soit en lui apportant quelques modifications. Pour chaque unité textuelle, E. Dobler présente d'abord le thème traité par Némésius (en indiquant souvent les sources du De natura hominis), puis produit le texte de Némésius dans la traduction latine de Burgundio de Pise éditée par G. Verbeke et J.R. Moncho, ainsi que le texte correspondant de Jean Damascène dans la traduction de Burgundio de Pise éditée par E.M. Buytaert, et signale enfin les passages dans lesquels saint Thomas se réfère au texte concerné de Jean Damascène.

La seconde concordance, plus étendue (p. 77-194), intéressera sans doute davantage les lecteurs de saint Thomas. Elle présente les textes du corpus thomasien, répartis et cités selon l'édition compilée par R. Busa pour l'établissement de son Index thomisticus. Dans chaque cas, E. Dobler cite le texte de saint Thomas faisant référence à saint Jean Damascène puis, en synopse, reproduit le texte du De fide orthodoxa de Jean Damascène et le texte-source du De natura hominis de Némésius dans leur traduction latine par Burgundio.

Les résultats de cette enquête sont présentés, sous une forme exclusivement quantitative et statistique, dans l'évaluation finale et dans la postface de ce livre (p. 195-215). Emil Dobler, qui a vérifié 971 citations de Jean Damascène par saint Thomas, conclut que 174 d'entre elles reprennent plus ou moins directement un texte de Némésius d'Emèse (p. 207). Si l'on y ajoute les passages dans lesquels saint Thomas se réfère au De natura hominis sous le nom de saint Grégoire de Nysse, on constate qu'un peu plus d'un cinquième des références globales à Jean Damascène et à Grégoire de Nysse renvoient, de façon diversifiée, à Némésius (voir le tableau aux pages 208-211). Il nous semble cependant que l'étude précédente de Emil Dobler (sur la présence de Némésius parmi les citations de Grégoire de Nysse chez saint Thomas) conduisait à des résultats un peu différents de ceux qu'il retient ici. Quoi qu'il en soit, ces chiffres ne montrent pas encore l'importance proprement théologique de l'héritage némésien chez saint Thomas, mais ils suggèrent au moins l'étendue matérielle de l'influence de Némésius. Une petite annexe fort intéressante (p. 217-220) signale que, parmi les références de saint Thomas à "Remigius", deux seulement présentent une similitude avec des textes de Némésius ; ce résultat invite à considérer avec prudence le rapprochement des noms de Remigius et de Némésius.

Les chercheurs gagneront à faire un usage critique des concordances établies par E. Dobler et des résultats statistiques de son étude. En effet, la pertinence de certains textes apparaît discutable. A la page 103 par exemple, pour la référence de saint Thomas à saint Jean Damascène dans la Somme de théologie, Ia, q. 93, a. 5, arg. 2, E. Dobler cite un passage du chapitre 26 du De fide orthodoxa (chapitre II,12 dans les éditions en quatre livres) et, parallèlement, un extrait du premier chapitre du De natura hominis. D'une part, le texte du De fide orthodoxa reproduit ici n'est pas éclairant ; il aurait plutôt fallu citer la suite de ce passage dans lequel Jean Damascène explique : "Nam quod quidem secundum imaginem, intellectuale significat et arbitrio liberum ; quod autem secundum similitudinem, virtutis secundum quod homini possibile est similitudinem" (éd. E.M. Buytaert, p. 113). De plus, la référence au premier chapitre du De natura hominis apparaît ici douteuse, et aussi peu éclairante que le texte damascénien cité. En effet, c'est bien saint Grégoire de Nysse lui-même que saint Thomas cite explicitement (De hominis opificio, cf. PG 44, col. 183-184). Par ailleurs, la référence (à mon avis non pertinente) à Némésius doit être corrigée : il s'agit de la page 21 et non de la page 17 de l'édition publiée par G. Verbeke et J.R. Moncho ; une erreur analogue apparaît à la page suivante (p. 104) du livre de E. Dobler ; etc. Les listes de textes thomasiens présentent également des difficultés. Ainsi, par exemple, la référence de saint Thomas à Jean Damascène -et indirectement à Némésius- en In III Sent., dist. 1, q. 1, a. 2, ad 2 ("hoc est hominibus mors quod angelis casus ") apparaît dans la seconde concordance (p. 84) mais n'est pas indiquée dans la première concordance où les textes correspondants de Jean Damascène et de Némésius sont pourtant bien indiqués (p. 27). Les données statistiques comportent parfois de semblables problèmes. A la page 83, E. Dobler écrit que, dans le commentaire de saint Thomas sur le deuxième livre des Sentences, les citations de Jean Damascène renvoient quatre fois à Némésius ; mais dans son bilan, l'auteur ne retient plus que deux références indirectes à Némésius dans le commentaire du deuxième livre des Sentences (p. 195), tandis qu'il reprend la mention de quatre références dans le tableau de ses résultats (p. 208) ; la même difficulté apparaît dans l'évaluation des références du commentaire de saint Thomas sur le quatrième livre des Sentences (quatre références indirectes à Némésius à travers Jean Damascène suivant les explications données à la page 96, mais trois seulement dans le bilan à la page 196, puis quatre à nouveau à la page 208). L'étude du Père Emil Dobler fournit un précieux dossier : c'est un utile instrument de recherche qu'il convient néanmoins d'employer avec quelque précaution.
Gilles Emery OP
© Revue Thomiste 105/4 (2005) 666-668.
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